La recherche est essentielle à l'alcoologie, interview

Alcool, plaisir ou souffrance ?

Réponses avec Mickael Naassila, Président de la Société française d’alcoologie.

Enseignant-chercheur à l’université de Picardie, à Amiens, Mickael Naassila a co-fondé le premier laboratoire de recherche de l’Inserm sur l’alcool il y a quinze ans. 

Vous venez de publier un livre destiné au grand public : Alcool, plaisir ou souffrance ?

Oui, à la demande de l’Inserm, parce que l’alcool reste un sujet tabou : en novembre dernier, il y avait, en Europe, une semaine d’informations sur les dommages causés par l’alcool. En France, personne n’en a parlé, alors que c’est la première cause d’hospitalisation ! Espérons que l’alcool sera une priorité du futur plan gouvernemental de lutte contre les conduites addictives…

Comment casser ce tabou ?

C’est vaste… En amont, il faudrait renforcer la prévention à l’école, mais aussi améliorer la formation des soignants, afin de dépister au plus tôt les problèmes d’alcool, qui touchent 10 à 20% des Français. Vous a-t-on par exemple déjà prévenu des interactions entre un médicalement et l’alcool ? La plupart des médecins, des pharmaciens, des infirmiers ne connaissent pas bien le sujet. Or, si ce ne sont pas eux qui en parlent, qui le fera ?

Que proposez-vous ?

À Amiens, nous donnons vingt-cinq heures de cours sur les addictions en quatrième année de pharmacie, ainsi qu’une formation au repérage précoce et une intervention brève, en dernière année, sous forme de théorie et de jeux de rôle. Objectif : aider les futurs pharmaciens à repérer les consommateurs à risque et à entamer un dialogue, une sorte d’« entretien motivationnel », afin de les inciter à changer de comportement. C’est déjà une base, mais cela ne suffit pas.

Où en est l’alcoologie aujourd’hui ?

Notre laboratoire est toujours vivant et c’est une belle victoire ! Mais la France est clairement à la traîne derrière les États-Unis et il faut sans cesse se battre pour décrocher des financements : nous avons d’excellents chercheurs, mais aucun poste à leur offrir. La recherche est pourtant essentielle pour comprendre et soigner les addictions.

 

Commentaires

Ajouter un commentaire

This question is for testing whether or not you are a human visitor and to prevent automated spam submissions.

Il n'y a actuellement aucun commentaire.